Tract charge mentale : Et si le problème c’était vous ?
Il existe des formations qui interrogent moins par ce qu’elles proposent que par ce qu’elles révèlent. La formation « Alléger sa charge mentale professionnelle », proposée par le Secrétariat général et portée par la Direction interrégionale Sud, appartient clairement à cette catégorie.
Car si une telle formation est aujourd’hui proposée à une échelle interrégionale, ce n’est pas un hasard. L’administration ne mobilise pas du temps, des moyens et des dispositifs pour quelques situations isolées.
Si cette formation existe, c’est bien que la difficulté est identifiée comme large, diffuse et durable. Autrement dit : structurelle.
Une difficulté structurelle, pas une addition de fragilités individuelles
Dès lors, une évidence s’impose.
Si la charge mentale est devenue un phénomène structurel, elle ne peut pas être réduite à une somme de fragilités individuelles. Les agents ne sont pas devenus, soudainement, plus vulnérables, moins organisés ou moins résistants.
Ce qui a changé, ce sont les conditions dans lesquelles ils exercent leur travail.
C’est donc bien du côté de l’organisation, des moyens et des exigences institutionnelles qu’il faut chercher les causes. Et pourtant, c’est précisément ce terrain que la formation évite.
Une réponse en apparence bienveillante, mais profondément biaisée
À première vue, l’intention semble presque louable : mieux identifier les signes de surcharge mentale, apprendre à gérer son stress, développer des stratégies de gestion personnelle, construire un plan d’action pour « mieux gérer ».
Mais derrière cette apparente bienveillance se dessine une logique bien connue : celle qui consiste à déplacer la responsabilité de l’administration vers une responsabilité individuelle. C’est, il est vrai, bien plus commode.
Car de quoi parle-t-on réellement ?
– De services sous tension
– D’effectifs contraints
– De missions qui s’accumulent
– D’injonctions contradictoires
– D’un sens du travail fragilisé
Ce que cette formation organise, en creux, c’est un basculement discret mais profond : la charge mentale cesse d’être un indicateur des dysfonctionnements du travail pour devenir une compétence à gérer individuellement.
On n’interroge plus ce qui surcharge, on apprend à supporter la surcharge.
On ne questionne plus l’organisation, on ajuste les individus.
Les agents savent déjà
Mais les agents n’ont pas attendu une formation pour comprendre qu’ils sont en difficulté : ils le vivent, ils l’éprouvent quotidiennement. Ils savent ce que signifie travailler en sous-effectif, absorber des charges croissantes, composer avec des priorités mouvantes, maintenir un engagement professionnel malgré la fatigue et l’usure qui s’installent.
Dans ce contexte, proposer d’« alléger sa charge mentale » par un travail sur soi ressemble moins à une réponse qu’à une forme de provocation.
Même le recours au collectif, évoqué dans la formation, ne vient pas contredire cette logique. Il n’est plus pensé comme un espace d’amélioration du travail, mais comme un appui pour mieux en supporter les contraintes.
Un choix politique de l’institution
Ce glissement n’est pas anodin. Il dit quelque chose de la manière dont l’institution choisit d’aborder les difficultés : non pas en questionnant ses propres choix, mais en sollicitant toujours davantage la capacité d’adaptation de ses agents.
Pour la CGT-PJJ, cette approche ne peut constituer une réponse acceptable.
La charge mentale n’est pas un défaut à corriger. Elle est un signal. Former les agents à mieux tenir ne fera jamais disparaître ce qui les fait vaciller.
La seule question qui mérite d’être posée reste entière : si la charge mentale est devenue structurelle, pourquoi l’administration refuse-t-elle d’en traiter les causes structurelles ?
À l’inverse des réponses superficielles proposées aujourd’hui, qui relèvent davantage du palliatif que de la transformation, nous refusons que des solutions d’apparence viennent masquer des difficultés bien réelles.
Car les agents n’attendent pas des artifices pour tenir, mais des décisions pour que leur travail redevienne soutenable.
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