DÉCLARATION LIMINAIRE INTERSYNDICALE - Comité Social d’Administration DIR Sud - Formation Spécialisée - 2 décembre 2025
Toulouse, le 02/12/2025
Madame la Présidente,
Si cette journée du 02 décembre est une journée d’appel à la mobilisation nationale et au boycott des instances, par les syndicats représentatifs de notre administration, il y a des moments de gravité et des circonstances qui nous amènent à faire le choix de siéger aujourd’hui à cette Formation Spécialisée.
Nous nous réunissons ce jour dans un contexte très difficile pour notre administration mais également pour nos organisations syndicales.
Notre collègue et Camarade Aline Beauducel s’est suicidée sur un temps de service.
Au-delà du choc et de la tristesse que cet acte est venu susciter chez nous, ce drame professionnel vient nous confronter à de multiples interrogations qui, soyez-en sûre, se transformeront en luttes syndicales.
Conditions d’exercice des mandats et audience imposée
Madame la Présidente, nous ne sommes décidément pas dans les mêmes réalités ! Alors que vous savez que nous sommes en temps de préparation d’un CSA-IR FS aussi particulier, vous nous proposez une audience de dernière minute en visio au moment même de notre temps de préparation pour évoquer avec nous un sujet qui sera traité avec nos représentants à l’Administration Centrale le 12 décembre. Nous vous remercions de bien vouloir respecter les conditions d’exercice de nos mandats.
Suicide d’Aline Beauducel : un drame professionnel imputable au service
Madame la Présidente, les circonstances dramatiques de la mort d’une agente de votre ressort, région dont vous êtes la garante des risques en matière de Santé Sécurité et Conditions de Travail, doivent être une priorité. Le suicide d’Aline Beauducel a été réconnu comme accident de service et imputable au service par notre administration.
Si les premières décisions prises durant le CSA-T Tarn/Aveyron du 28 novembre 2025 nous paraissent encourageantes, soyez sûre que nous resterons particulièrement vigilants concernant l’effectivité de cette commission d’enquête.
L’enjeu de la rédaction du rapport, mais surtout des préconisations de la commission d’enquête, seront une de nos priorités syndicales en 2026.
Commission d’enquête, fin des CHSCT-D et vigilance syndicale
Il sera l’heure d’évaluer concrètement l’impact de la suppression des CHSCT-D. Durant cette enquête la PJJ sera juge et partie. Comptez sur la rigueur de nos organisations syndicales pour ne pas sortir de cette enquête sans avancées majeures.
Nous réitérons notre confiance aux professionnels du DRHAS de Toulouse, qui ont largement démontré, lors des dernières enquêtes CHSCT-D, la rigueur de leur méthodologie et la finesse de leurs analyses.
Rôle de la Formation Spécialisée face à un évènement grave
Si notre Formation Spécialisée n’a pas pour mission de se substituer au CSA Tarn/Aveyron, elle se doit d’être en soutien, d’interroger et d’analyser les actions mises en œuvre par la DIRPJJ Sud suite à cet évènement grave ayant entraîné la mort d’une éducatrice durant son service.
Absence de visite immédiate et indifférence perçue
Madame la Présidente, comment expliquer qu’une Directrice Interégionale ne bouscule pas son agenda dans de telles circonstances pour se rendre auprès des équipes impactées et être en soutien des cadres de proximité ? Une première visite à l’UEMO de Rodez prévue le 08 décembre, plus d’un mois après le drame ! Cette indifférence est pour nous un réel mépris !
Qu’en est-il de la cellule de crise qui aurait dû être déclenchée et sollicitée auprès de l’Administration Centrale ? Si vous aviez pris la peine de vous déplacer auprès des équipes, vous auriez peut-être pu mesurer le chaos et la sidération qui touchaient tout un territoire.
Les agents sont en choc traumatique. Comprenez, Madame la Présidente, qu’un simple numéro vert, ou un entretien avec un psychologue en visio, ne peuvent être des réponses suffisantes face à la gravité de l’évènement.
La seule psychologue dépêchée pour la cause n’a pu répondre aux réels besoins des agents sur un territoire si étendu.
Aussi, Madame la Présidente, nous vous alertons encore une fois sur les risques psychosociaux majeurs sur l’UEMO de Rodez, l’UEMO de Castres, l’UEMO d’Albi, le SE-EPM de Lavaur et la DTPJJ 81/12.
Risques psychosociaux : une réalité régionale généralisée
Ce suicide qui est imputable au service doit être parlé et ne pas rester secret. Rien de pire que le silence pour faire grandir la souffrance, et accentuer les risques psychosociaux.
Notre administration doit être à la hauteur et faire émerger une réflexion et sécuriser la gestion de tout évènement grave.
Madame la Présidente, quand allez-vous communiquer à l’ensemble des agents de la DIR, concernant la disparition tragique de notre collègue ? Comment se fait-il que de nombreux agents ne soient toujours pas informés du décès de notre collègue dans le cadre de ses fonctions ?
Avez-vous peur d’écrire des vérités ? Le suicide d’un agent de la DIRPJJ Sud est-il aussi embarrassant ?
Madame la Présidente, le mal-être au travail, la souffrance au travail, l’épuisement professionnel, la perte de sens et des valeurs, sont des risques majeurs auxquels tous les agents, tous corps confondus, sont aujourd’hui confrontés.
Alertes médicales et services déjà en difficulté
Pour exemple, la médecine du travail du Gard/Lozère alerte sur la situation très préoccupante de l’UEMO « les Arènes ». Quels dispositifs sont mis en place par la DIR-PJJ Sud pour soutenir les professionnels ?
Nous avons bien peur, Madame la Présidente, qu’il ne s’agisse que de la partie visible de l’Iceberg ! Tous les services de la région Sud sont en réalité impactés par ces mêmes problématiques.
Urgence : entendre les RPS et construire de véritables protocoles
Il est urgent que les risques psychosociaux soient entendus et mieux pris en compte. De réels protocoles doivent être travaillés et mis en place face à cette souffrance au travail grandissante, si vous voulez éviter de nouveaux drames.
N’est-ce pas le rôle d’une Formation Spécialisée que de faire un travail de fond sur ces questions ? Nous devons agir ensemble et redonner un rôle d’acteur en matière SSCT à cette instance !
Les combats d’Aline visant à améliorer la Santé, la Sécurité et les Conditions de travail des agents de notre administration, pour une Protection Judiciaire de la Jeunesse digne de ce nom, nous les faisons plus que jamais nôtres aujourd’hui.
Ce qui n’est pas acceptable
Il n’est pas acceptable qu’un travailleur ou une travailleuse décide de mettre fin à ses jours sur son temps de travail.
Il n’est pas acceptable que la souffrance et les alertes des agents soient encore considérées comme des caprices ou une volonté déguisée de ne pas vouloir travailler.
Il n’est pas acceptable qu’un agent de Service Public de la Justice des mineurs soit à ce point isolé de par ses fonctions et dont la souffrance soit si peu entendue par son administration.
Nous refuserons de recevoir de la part de l’administration un cours théorique sur le suicide.
Le suicide sur son lieu de travail témoigne toujours d’un désespoir face à des conditions de travail insupportables.
Nos organisations professionnelles sont malheureusement suffisamment éclairées sur ces accidents de travail de plus en plus nombreux. Cette mort ne doit pas rester une simple donnée statistique.
Derrière cette mort, l’administration n’a pas rempli son devoir de protection, n’a pas imposé des règles de sécurité strictes et a toléré l’inacceptable.
Questions directes adressées à la Présidente
Madame la Présidente, pouvez-vous nous préciser les différentes dispositions administratives prises suite au décès d’Aline Beauducel ?
Madame la Présidente, pouvez-vous nous préciser quelles dispositions avez-vous prises dans le cadre d’accompagnement d’agents en souffrance ? Quelles actions avez-vous mises en place pour les agents du Gard/Lozère depuis le courrier du médecin du Travail rédigé le 04 novembre 2025 ?
Comment protégez-vous ces agents dans ce contexte de dialogue social aussi délétère ? Peut-on enfin affirmer que le dialogue social dans le Gard/Lozère est suffisamment détérioré pour que la FS du CSA-IR prenne le relais ? Doit-on attendre un nouveau drame pour intervenir ?
Les élus et élues CGT-PJJ Sud et SNPES-PJJ-FSU
du CSA-IR Sud et de sa Formation Spécialisée