Déclaration Liminaire
CSA territorial du 35/22
Madame la Présidente, Mesdames et Messieurs les membres de ce comité,
Ce CSA se tient dans un contexte particulier de reconvocation à la suite d’un vote unanimement contre la structuration du futur UJPE de Rennes. C’est une situation rare et à prendre avec gravité.
Puisque vous nous reconvoquez, nous insistons, le message de l’ensemble des organisations syndicales qui parlent au nom des personnels que nous représentons est clair :
LES AGENTS DE LA PJJ NE COMPRENNENT PAS CETTE RÉFORME
Nous sommes donc réunis aujourd’hui afin d’enregistrer la création juridique des UJPE sans aucune visée de dialogue et sans aucune démarche constructive de concertation préalable, sans même prise en compte des avis des organisations syndicales.
Le message de l’administration, par votre intermédiaire, est donc lui aussi extrêmement clair :
LA DPJJ N’A QUE FAIRE DE LA REPRÉSENTATION SYNDICALE ET DES AGENTS
Nous n’avons d’ailleurs reçu aucun autre document de travail comme le calendrier national de mise en œuvre des UJPE, ni de calendrier des groupes de travail à mener en DT et DIR, ni le cahier des charges des UJPE, ou encore une évaluation des besoins en réaménagement des bâtiments… La mission HD de l’EPEI de Rennes apparaît complètement écartée des débats et de l’avenir sous la nouvelle forme UJPE.
Nous le savons, cette exigence de validation des arrêtés de structuration s’inscrit dans le calendrier voulu et imaginé par le Garde des Sceaux en novembre 2025, qui impose des délais tout à fait ubuesques pour une ouverture des structures au 1er septembre 2026.
Les questions à se poser sont : pourquoi vouloir cette réforme des lieux d’hébergement maintenant et aussi rapidement ?
Il s’agit, contrairement aux tentatives pour nous expliquer le contraire, d’une réforme à moyens constants, voire pire si l’on considère que sur chaque ancien CEF, 5 postes seront supprimés, ce qui représente nationalement 95 postes en moins. Savez-vous déjà combien de personnels vont devoir être licenciés au CEF de Gévezé si cette réforme s’applique réellement un jour au SAH ?
La CGTPJJ n’est pas dupe des effets d’annonce de la DPJJ qui voudrait mettre en avant le renforcement des effectifs des services de milieu ouvert et des UJPE avec la création de 150 postes en MO et des postes de professeur technique et d’infirmiers en UJPE. Pour l’instant, on n’en voit pas la « couleur »…
Ce n’est pas la diffusion d’une communication démesurée et démagogue par l’administration qui va nous faire accepter cette réforme.
Quant à la temporalité accélérée de la réforme, elle s’inscrit assez vraisemblablement dans une logique électoraliste en vue des présidentielles de 2027. D’autant qu’elle s’appuie sur une thématique nauséabonde et rétrograde du traitement judiciaire des mineurs par le répressif accéléré plutôt qu’en accordant le temps éducatif et les moyens d’accompagner.
La CGTPJJ s’oppose à cette réforme, car nous sommes déjà convaincus que le manque de concertation, d’évaluation, de réflexion et de moyens alloués va amener les professionnels, et donc les jeunes accueillis, vers l’incurie dans la prise en charge au quotidien. Il en a été de même lors de la réforme CJPM, dans les services de l’aide sociale à l’enfance, et nous voyons les résultats désastreux aujourd’hui.
Encore une fois, les services de la PJJ n’ont pas besoin de se faire endormir par une soi-disant pédagogie qui s’apparente de plus en plus à de la propagande, mais de moyens humains pour travailler !
Reste également un sentiment d’absence de considération du dialogue social, sans même tenir compte de tout le travail fourni pendant près de deux ans par les États généraux du placement. Quel mépris !
La CGTPJJ Grand Ouest tient aussi à soulever la crainte que nous avons de voir, à terme, les hébergements se privatiser : cette réforme, qui tend à mettre sous la même étiquette « UJPE » tous les hébergements, installerait une mise en concurrence public/privé sans aucune garantie que les ex-CEF (tous du SAH dans notre interrégion) seront soumis aux mêmes règles (normes de personnels, allocations de moyens, services de suite et hébergement diversifiés…).
C’est une stratégie connue et que nous redoutons aujourd’hui : organiser l’échec d’une réforme sous-dotée pour le secteur public, tout en octroyant plus de moyens aux ogres du secteur privé. À terme, cet échec viendra justifier un transfert de compétence vers les industriels du social, à qui l’on laisse deux ans pour œuvrer dans l’ombre et négocier…
Madame la Présidente, cette déclaration est longue et elle est à la mesure de nos craintes, qui sont massives, et du dégoût envers nos décideurs.
Nous savons que cette réforme se fait à marche forcée et que, quelle que soit la nature des échanges que nous pourrions avoir ici, les choses sont faites. Pour preuve, un vote est prévu ce jour qui ne sera que la redite de celui du dernier CSA et dont vous ne tiendrez pas compte.
Il ne s’agit pas ici de dialogue social, mais d’un exercice imposé comme une étape d’une réforme imaginée par un Garde des Sceaux solo, sans même tenir compte du sort des agents et des missions que vous savez au bord de l’explosion.
Que pouvez-vous faire de nos revendications et de nos réflexions ? Probablement rien, alors autant économiser nos paroles aujourd’hui.
La CGTPJJ 35-22 va tout de même profiter de l’occasion pour vous rappeler que nous réclamons :
* La mise en place de groupes de travail sur le schéma de placement du territoire, ainsi que l’insertion, en particulier pour le secteur 22 ;
* La tenue d’un CSA SST et d’un bilan social au plus vite, en lien avec la suractivité des milieux ouverts, et une transversalité des moyens et des allègements de mesures ;
* Une réflexion sur les modalités des astreintes ;
* Une direction territoriale qui soutient une qualité de dialogue avec les juridictions.
Les représentants CGTPJJ 35-22