CSA-T 35-22 - Déclarations Préliminaire et liminaire du 13 mars 2026
La CGT-PJJ 35-22 a pris la parole lors du CSA-T du 13 mars 2026 en deux temps : une déclaration pré-liminaire dénonçant la méthode imposée pour la création des UJPE, suivie d’une déclaration liminaire ouverte par un texte poétique d’un éducateur en hébergement.
--- Déclaration pré-liminaire ---
Madame La Présidente,
Mesdames et messieurs les membres de ce comité,
Une réforme imposée sans concertation
La CGT-PJJ se doit de dénoncer le contexte dans lequel notre Administration engage la réforme de l’hébergement à la Protection Judiciaire de la Jeunesse en décidant la création des UJPE.
N’oublions pas les conséquences encore douloureuses pour les professionnel.les de la PJJ de la mise en place du CJPM, qui a provoqué la dégradation des conditions de travail et la perte de sens pour les agent.es dans l’exercice de leurs missions. Elle a engendré une charge supplémentaire de travail qui pèse encore aujourd’hui et que l’Administration refuse de prendre en compte, malgré l’interpellation de notre Organisation Syndicale.
La non-méthode dans le cadre de la mise en place du CJPM a engendré bien des blessures et nous laisse frileux et inquiets quant à la création des UJPE. N’oublions pas le traumatisme qui a frappé les personnels durant l’été 2024 quand annonce a été faite du non-renouvellement de presque 500 postes de contractuel.les !
À quel moment les Organisations Syndicales ont-elles été consultées ? Quelles réflexions ont été menées et par qui ? Le Ministre tout seul comme un grand ?
Aujourd’hui, de partout, les convocations dans les instances arrivent et il est demandé aux OS de voter des textes qui répondent au calendrier effréné mis en place par l’Administration, qui a décidé d’accoucher des UJPE au 1er septembre 2026.
Pas de cahier des charges, pas de dialogue social réel
Aucun travail dans de tels délais ne peut être réalisé de manière pertinente. Il n’existe même pas à ce jour de cahier des charges ! Les équipes ne sont pas encore au travail pour établir les projets de service et l’organisation qui devrait accompagner le nouvel hébergement à la PJJ !
Nous n’acceptons pas que l’Administration résume le dialogue social à pour ou contre !
Il est bien beau de mettre en place des plans SST sur 4 ans, de faire mine de s’intéresser aux conditions de travail et de mettre en évidence les risques psycho-sociaux, si dans le même temps, l’Administration n’est pas capable de s’interroger et de se remettre en question.
Une réforme au service de qui ?
Nous ne sommes pas dupes : cette réforme vise des économies budgétaires au détriment de l’accompagnement du public !
Il est oublié, ce public, et pourtant il doit être au cœur de nos missions ! À la PJJ, nous travaillons avec des humains et non avec des chiffres… ne vous en déplaise !
Les conditions de la mise en place de cette réforme réunissent tous les critères pour faire exploser les hébergements publics de ce nouveau genre ! Comment ne pas imaginer que tout ceci est prévu afin de confier à moyen terme nos missions au Service Associatif Habilité ? Nous dénonçons un sabotage en règle de nos outils de travail !
Un contexte social et idéologique alarmant
Une nouvelle pilule amère à avaler dans un contexte économique et social très dégradé ! Les politiques austéritaires détruisent les services publics à grands pas !
Cette réforme intervient dans une ambiance mortifère. Nous vivons toutes et tous un glissement idéologique dangereux qui n’est pas sans nous rappeler les heures les plus sombres de notre histoire !
Du matin au soir, les médias mainstream diffusent des informations qui ont un seul but : faire peur aux français.ses, maintenir et nourrir un climat d’insécurité avec la stigmatisation des tranches de populations les plus précaires. Cette désinformation permanente ne peut conduire qu’à une inversion idéologique qui a pour objectif de rendre ces populations précaires responsables de tous les maux et de valider des politiques répressives et sécuritaires.
Certes, le contexte mondial est complexe, avec le déclenchement de conflits armés à différents endroits du monde, mais ne nous trompons pas : les responsables sont les politiques et les capitalistes qui œuvrent pour une concentration des richesses dans quelques mains !
Vous les entendez ces bottes ? Elles font ce bruit sourd en frappant le sol !
--- Déclaration liminaire ---
Madame La Présidente,
Mesdames et messieurs les membres de ce comité,
Nous aurions pu vous rappeler ici nos revendications concernant l’hébergement à la PJJ. Nous avons travaillé de tout temps sur des cahiers revendicatifs. Nous n’avons pas de doute sur le fait que vous connaissez nos écrits, c’est pourquoi aujourd’hui nous choisissons en préambule de vous lire un communiqué réalisé par un de nos camarades qui a pour objectif de vous faire réfléchir… puisque l’Administration ne vous en laisse pas le temps et que vous vous inscrivez dans une application insensée ! Un peu de poésie ne vous fera pas de mal !
Nous tenons à remercier François LAVERNHE, éducateur en hébergement, pour ce très beau texte :
Hébergement, mon amour
Nous avons toujours eu une relation un peu compliquée. Souvent, je suis rentré chez moi fatigué, usé, énervé voire triste après une journée passée avec toi. Mais, je revenais le lendemain, gonflé à bloc pour essayer de donner le meilleur de moi-même.
Parce que ce que je faisais avait un sens. Parce que tu étais une chose importante pour moi. Parce que tu étais le cœur et la base de notre mission.
Mais, que t’ont-ils fait ? Comment en est-on arrivé là ? Comment puis-je aujourd’hui ressentir une telle aversion envers toi ? Après tout ce qu’on a vécu, avec tout l’attachement et la fierté que j’avais pour toi, j’ai du mal à comprendre… Ou, peut-être, que je commence à comprendre…
Petit à petit, tu t’es dégradé. On a arrêté de prendre soin de ta santé et tu as commencé à être de plus en plus négligé. Je te voyais t’abîmer petit à petit et je me demandais quand on allait enfin prendre soin de ton apparence et de ton hygiène. Faute de moyens, tu es devenu petit à petit de moins en moins en forme, de moins en moins rassurant, voire de plus en plus dangereux. Puis, on t’a rendu de moins en moins intéressant, de plus en plus confus, on t’a ôté tout sens commun, remplacé peu à peu par une schizophrénie sourde. On te demandait tout et son contraire. Les choses changeaient d’un jour à l’autre sans logique, ni raison. Avec les copains, on s’est inquiété et on a alerté autour de nous.
Là, de beaux messieurs très bien habillés, bardés de diplômes et de certitudes, nous ont dit que c’était de notre faute. Ils nous ont alors expliqué en long, en large et en travers, comment nous devrions faire avec toi alors même qu’ils n’avaient jamais vécu notre histoire. Alors, même si l’on sentait que quelque chose clochait, on a commencé à faire ce qu’ils nous demandaient. Et c’était pire !
Alors, nous sommes retournés voir les beaux messieurs. Ils nous ont expliqué que le problème venait encore de nous. Ils ont imposé que nous nous occupions de toi tout le temps, jour et nuit, disponibles tous les jours, sans considération de notre fatigue ou de notre vie privée. Mais surtout, nos avis, notre technicité et nos réflexions n’étaient plus demandés, seule notre présence importait.
Et tu sais le pire ? Ils ont bien failli me convaincre… J’ai honte de te le dire mais j’en suis venu à te détester. Il m’est insupportable de te voir péricliter comme ça. J’ai envisagé de te fuir, d’aller voir ailleurs si l’herbe était plus verte et la vie plus facile. Mais, je ne peux pas te laisser tomber. Je redoute le moment où les beaux messieurs vont venir t’achever comme un cheval blessé. Le plus inquiétant c’est que certains s’en réjouiraient, préférant effacer la conséquence que traiter les causes.
Pourtant, au fond de moi, je t’aime toujours. Je vois bien qu’il reste une étincelle au fond de toi. Je sens bien que nous serions capables de belles choses, si nous en avions les moyens. Je sais qu’il faut que je me batte pour que tu sois à nouveau beau et fort, pour que je sois fier de toi et que nous fassions une des plus belles choses au monde : éduquer.
Et il faut que tous les copains fassent de même pour toi, hébergement, mon amour…
Une réforme sans documents, sans cahier des charges
Une fois encore, ce CSA territorial est convoqué dans un contexte dramatique lié à la réforme de l’hébergement à la PJJ.
Sans concertation, sans aucune réflexion à part celle du Ministre, la PJJ est chargée de déployer cette nouvelle organisation en un temps record. Mais mettre en œuvre quoi exactement ? Des unités sans cahier des charges, sans réflexion bâtimentaire, sans précision sur les moyens humains ou avec des projections erronées…
Nous ne sommes pas dupes sur les enjeux de cette transformation !
Aujourd’hui, dans les documents fournis, nous sommes face à un arrêté préfectoral de création d’un EPEI incomplet. Que devons-nous en faire ? En prendre connaissance, voter ? S’il s’agit simplement de répondre au calendrier de la DPJJ, ne comptez pas sur nous !
Des délais légaux non respectés
Nous avons été destinataires du PV du CSA du 28 novembre 2025 à approuver hier seulement. Nous refusons de nous soumettre au rythme de la PJJ ! La CGT-PJJ 35-22 exige que les délais légaux soient respectés dans l’intérêt de toutes et tous !
De manière générale, un envoi groupé des documents serait plus judicieux. Nous n’avons par ailleurs aucun document sur le point à l’ODJ « retour sur la CEM », ni aucun écrit concernant le point budgétaire. Des éléments transmis en amont nous permettent de mener une réflexion !
Nous souhaitons rappeler ici que les CSA ne sont pas de simples lieux d’enregistrement et/ou des lieux de prises de connaissance des décisions de l’Administration !