AUBE / HAUTE-MARNE : LE TERRITOIRE OÙ TOUT VA BIEN… JUSQU’À CE QU’ON PARLE
AUBE / HAUTE-MARNE
LE TERRITOIRE OÙ TOUT VA BIEN… JUSQU’À CE QU’ON PARLE
Un territoire où tout semble aller pour le mieux…
Il existe, au sein de la PJJ, un territoire d’exception : le territoire Aube / Haute-Marne.
À en croire les remontées officielles, tout semble y aller pour le mieux. Peu de difficultés, peu d’alertes, peu de conflits. À croire que les risques psychosociaux auraient choisi de contourner ce territoire… un peu comme le nuage de Tchernobyl qui, disait-on à l’époque, se serait arrêté à la frontière.
Nous avons longtemps cherché le secret de cette apparente tranquillité. Puis nous avons fini par le comprendre.
La recette est finalement d’une simplicité redoutable : ici, les problèmes ne disparaissent pas. Ce sont celles et ceux qui les dénoncent qui deviennent le problème.
Au fil des années, il semble s’être installé un véritable pacte de non-agression entre la direction territoriale et certains représentants du personnel.
Un équilibre confortable où les dysfonctionnements restent confinés dans les bureaux, où les alertes sont minimisées et où celles et ceux qui prennent la parole comprennent rapidement qu’ils risquent d’en payer le prix.
Le message est simple : Taisez-vous.
Parce que certains l’ont déjà payé. Très cher...
Quand la parole dérange
Le cas de la directrice de l’EPE de Troyes est probablement l’exemple le plus révélateur de ce fonctionnement.
Dans un contexte de profonds désaccords professionnels avec la direction territoriale, un tract diffamatoire et calomnieux est diffusé à son encontre. Une enquête administrative est alors ouverte.
Pourtant, cette enquête montrera finalement que l’immense majorité des accusations était infondée ou reposait sur des éléments extrêmement fragiles.
Mais le mal était déjà fait.
Pendant toute cette période, cette collègue est missionnée à plus de deux heures trente de son domicile. Et malgré une décision imposée par l’administration, la direction territoriale refuse, durant de longs mois, de prendre en charge ses frais de déplacement.
Autrement dit, on lui a demandé de creuser sa propre tombe professionnelle… et d’en régler elle-même la facture.
Il faudra finalement l’intervention de la CGT PJJ pour que cette situation soit régularisée.
Mais cette affaire ne s’arrête pas là.
Au sein même de l’EPE de Troyes, une éducatrice ayant dénoncé à plusieurs reprises des faits qu’elle estimait relever du harcèlement s’est vu reprocher d’être « régulièrement au cœur des dénonciations ».
Cette remarque interroge profondément.
Dans toute administration soucieuse de protéger ses agents, une alerte répétée devrait conduire à s’interroger sur les difficultés rencontrées par l’agente concernée. Ici, c’est la multiplication des alertes qui semble lui être reprochée.
Comme si dénoncer des faits devenait, en soi, suspect.
Comme si parler était déjà une faute.
Quand la confidentialité n’est plus garantie
À cette situation est venu s’ajouter un épisode particulièrement préoccupant.
Une collègue rédige un courrier destiné exclusivement à la direction interrégionale afin d’apporter des éléments d’éclairage sur les accusations mensongères portées contre la directrice de l’EPE de Troyes, dans un prétendu tract syndical.
Quelques jours plus tard, ce courrier se retrouve entre les mains de personnes directement mises en cause par son contenu. Puis il réapparaît dans la bannette de son auteure.
Difficile de ne pas y voir un message.
« Nous savons que tu as parlé. Maintenant, nous allons nous occuper de toi. »
Ce courrier n’était pourtant connu que d’un nombre extrêmement limité de personnes au sein de l’administration.
Son contenu ne pouvait parvenir aux personnes directement concernées qu’à la suite d’une violation manifeste de la confidentialité des échanges.
Il appartient désormais à l’administration d’expliquer comment un document destiné exclusivement à la direction interrégionale a pu être communiqué à des personnes qu’il mettait directement en cause.
Car au-delà du cas individuel de cette collègue, c’est une question beaucoup plus large qui est posée : comment les agents peuvent-ils encore avoir confiance dans la confidentialité de leur parole si un document de cette nature peut ainsi circuler ?
Quand les agents ne choisissent plus leur représentant
Cette perte de confiance dépasse aujourd’hui le seul cadre de l’EPE de Troyes.
Au cours de l’année écoulée, plusieurs agents, préoccupés par des liens qu’ils jugeaient problématiques entre la direction territoriale et certains représentants censés les défendre, ont fait le choix de contacter directement la CGT PJJ.
Leur demande était simple : être accompagnés par l’organisation syndicale qu’ils avaient librement choisie.
Pourtant, à au moins deux reprises, cet accompagnement a été refusé.
Dans le même temps, certaines personnes qui n’avaient pourtant pas été sollicitées se sont retrouvées destinataires des échanges.
Cette situation soulève une question fondamentale.
Le libre choix de son représentant syndical est un droit.
Or, lorsque des agents ne peuvent plus être accompagnés par l’organisation syndicale qu’ils ont eux-mêmes choisie, c’est ce droit qui se trouve directement remis en cause.
Autrement dit, ce n’est plus l’agent qui choisit son représentant. C’est la direction territoriale.
Un malaise qui dépasse largement l’EPE de Troyes
Réduire ces dysfonctionnements au seul cas de l’EPE de Troyes serait une erreur.
Les signalements qui continuent de parvenir à la CGT PJJ montrent que le malaise dépasse aujourd’hui largement cette seule structure. Les unités de milieu ouvert du territoire Aube / Haute-Marne n’y échappent pas.
Là aussi, des collègues prennent la peine de remplir les registres Santé Sécurité au Travail. Ils alertent, consignent les faits, documentent des situations qu’ils estiment préoccupantes et sollicitent l’intervention de leur administration.
Pourtant, beaucoup nous confient aujourd’hui le même sentiment : celui d’avoir le sentiment d’écrire sans véritable espoir que leur parole soit suivie d’effets.
Car encore faudrait-il que ces alertes trouvent un véritable écho au sein du CSA Santé Sécurité au Travail.
Or, sur ce territoire, cette instance semble, pour beaucoup d’agents, relever davantage de la légende urbaine que d’un véritable outil de prévention : tout le monde sait qu’elle existe, tout le monde en a entendu parler… mais rares sont ceux qui ont le sentiment qu’elle améliore concrètement leur quotidien.
Au fond, le problème n’est peut-être plus que les agents ne parlent pas. Le véritable problème est qu’ils cessent progressivement de croire qu’ils seront entendus.
Dans ce contexte, une autre règle semble peu à peu s’imposer : être dans les petits papiers de la direction territoriale apparaît parfois comme la condition pour évoluer sereinement.
Pour les autres, la perspective paraît souvent beaucoup plus simple : Subir. Se taire… ou partir.
Et les départs interrogent. Des cadres quittent le territoire. Des collègues présents depuis de nombreuses années font eux aussi le choix de partir.
Simple coïncidence ? Ou symptôme d’un climat de travail qui s’est progressivement dégradé ?
Pourquoi la CGT PJJ prend aujourd’hui la parole
Pendant longtemps, nous avons privilégié le dialogue. Nous avons accompagné les agents qui nous sollicitaient, alerté l’administration lorsque cela nous semblait nécessaire et tenté de faire évoluer les situations chaque fois que cela était possible.
Mais les signalements continuent de nous parvenir.
Les témoignages se multiplient.
Et, malgré la diversité des situations, ils dessinent un constat qui revient avec une régularité préoccupante.
Lorsqu’un nombre croissant d’agents nous disent ne plus avoir confiance dans la confidentialité de leur parole, ne plus croire à l’utilité des signalements qu’ils effectuent ou ne plus se sentir libres de choisir leur représentant syndical, notre responsabilité est de porter cette parole.
Que notre propos soit parfaitement clair.
Il ne s’agit pas de mettre en cause une organisation syndicale dans son ensemble.
Il s’agit de dénoncer le comportement de quelques individus qui, selon nous, ont progressivement détourné le mandat de représentant du personnel de sa vocation première pour, main dans la main avec la direction territoriale, faire payer à celles et ceux qui dénonçaient les agissements d’une alliance pour le moins atypique… mais pas moins détestable.
Un mandat syndical n’est pas une protection personnelle. Il n’a pas davantage vocation à devenir une arme dirigée contre d’autres agents, ni à servir de porte-flingue à des personnes censées représenter l’administration.
Il est donné pour défendre les agents.
Nous saluons d’ailleurs le fait que l’organisation syndicale concernée semble avoir pris la mesure de cette situation.
Ces personnes n’engagent qu’elles-mêmes.
Les revendications de la CGT PJJ
👉 Nous demandons l’ouverture d’une enquête administrative indépendante sur les faits de violences et de harcèlement dénoncés au sein de l’UEHC de Troyes. Au regard de leur gravité, cette enquête devra être conduite par des personnes extérieures à la Direction interrégionale Grand Est afin d’en garantir l’impartialité.
👉 Le respect effectif du libre choix du représentant syndical. Chaque agent du territoire Aube / Haute-Marne doit pouvoir être accompagné par l’organisation syndicale de son choix, sans obstacle ni intervention de la direction territoriale. Le libre choix de son représentant n’est pas une faveur : c’est un droit.
👉 Toute la lumière sur les faits dénoncés. Nous demandons des explications sur la divulgation d’un courrier destiné exclusivement à la direction interrégionale ainsi que sur le traitement réservé à la directrice de l’EPE de Troyes, notamment le refus, durant une longue période, de prendre en charge ses frais de déplacement alors même que cette situation résultait d’une décision de l’administration.
À toutes les agentes et à tous les agents du territoire Aube / Haute-Marne, nous voulons adresser un message simple :
NE RESTEZ PAS SEULS.
Si vous êtes victimes ou témoins de violences, de harcèlement, de pressions, d’intimidations…
Parlez. Écrivez. Consignez les faits. Témoignez.
Nous prenons l’engagement de garantir la plus stricte confidentialité de chacun de nos échanges.
Parce que ce ne sont jamais celles et ceux qui parlent qui fragilisent une institution, mais ceux qui laissent les dysfonctionnements s’installer.