PLF 2026 : la CGT PJJ alerte le Sénat sur l’état du service public

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Montreuil, le 10 novembre 2025

Réponses CGT PJJ à destination du Sénat

1. Climat social et relations institutionnelles

A ce jour, la DPJJ n’a apporté aucune réponse concrète à l’augmentation de la charge de travail
et aux atteintes portées à la primauté de l’éducatif par le CJPM. Si la direction a lancé une analyse
de la situation dont les premiers retours viennent confirmer la perte de sens et la dégradation des
conditions de travail, elle n’a rien fait pour améliorer la situation des services. Pire, le non-renouvellement
de centaines de contrats l’été dernier a davantage dégradé la situation des établissements.
Les agents n’ont plus confiance en leur administration.

L’opacité de la gestion des ressources humaines, la verticalité de l’encadrement, l’affaiblissement
du statut du fonctionnaire et le mépris du dialogue social contribuent à la dégradation de notre service public.

Le départ de madame Nisand a été vécu comme un soulagement. Toutefois, il est trop tôt pour dire
si le nouveau directeur va apporter un virage attendu par la profession. A ce jour, les orientations
semblent être dans la continuité de ce qui a été fait précédemment, même si les ambitions affichées
évoquent un désir de rupture.

Les relations partenariales sont de plus en plus assurées par l’encadrement mais leurs effets sont
souvent déconnectés des besoins de terrain et ont tendance à isoler de plus en plus notre administration.

S’agissant du SAH, la plus-value est rare pour les professionnels du secteur public. La privatisation
d’une part grandissante des missions a tendance à déposséder la PJJ de son activité, sans que
l’administration puisse réellement opérer un réel contrôle de la qualité de l’effectivité des missions
par ce secteur. Il serait nécessaire d’opérer un rééquilibrage des allocations de moyens.

2. Moyens alloués et perspectives budgétaires

Si le budget prévisionnel du ministère de la Justice fait partie de ceux les moins impactés en 2026,
il ressort une fois de plus que celui de la PJJ ne sera pas le mieux doté. Sur la prévision de 1600
créations de postes, seuls 70 sont destinés à la PJJ, soit à peine plus de 4%. Cela confirme le
sentiment permanent que la PJJ est la direction la moins bien servie ou défendue du ministère,
alors même que les besoins existent comme ailleurs.

Les choix budgétaires ne mettent pas les priorités sur les nécessités des terrains et des agents :
réduction des budgets pour exercer les missions, pour la formation, pour le nombre de véhicules
administratifs, pour les revalorisations salariales.

Les orientations privilégient toujours plus les mesures sécuritaires et répressives alors qu’elles n’ont
jamais démontré leur efficacité et que leur coût est exorbitant. Sur les 70 créations de postes,
même si la PJJ insiste sur une affectation dans les milieux ouverts, l’ouverture d’un nouveau SE-EPM
ou celle d’autres CEF risquent d’accaparer une grosse partie des moyens réellement obtenus.

Le coût des CEF est estimé à 40M€ pour 19 structures publiques (2,1M€ / structure) avec un prix de
journée estimé à 578€, alors que les UEHC représentent 113M€ pour 65 structures
(1,7M€ / structure) avec un prix de journée de 467€. L’accent reste mis sur les solutions de mise à
l’écart malgré les préconisations non appliquées des États généraux du placement.

Concernant la criminalité organisée : 9 postes créés en 2025, à moyens constants, au détriment de
l’action éducative. Certaines zones concernées perdent même des postes.

Enfin, sur les 10 dernières années, une part significative des créations de postes a renforcé les
fonctions supports et d’encadrement, au détriment de l’action éducative directe.

3. Impact du CJPM

Les conséquences demeurent négatives : perte de sens, surcharge de travail, essoufflement,
réduction du temps éducatif, augmentation de la détention, multiplication des mesures,
augmentation des risques psycho-sociaux, hausse de l’absentéisme en milieu ouvert,
accroissement des temps thérapeutiques.

Même si la DPJJ reconnaît certains constats, aucune mesure n’est prise. Elle a refusé, pour des
raisons purement formelles, de prendre en compte le droit d’alerte de la CGT PJJ de novembre 2024.

Le groupe de travail sur le milieu ouvert n’a abouti à aucune mesure concrète.

4. Fonctionnement des établissements

Le milieu fermé reste coûteux et inefficace. Les études internes démontrent une faible efficacité
des CEF : taux de récidive stables ou aggravés, attractivité faible, turnover, taux de contractuels élevé.

Les structures fonctionnent souvent davantage comme des espaces de mise à l’écart que comme
des dispositifs éducatifs.

Les EPM souffrent de la gestion pénitentiaire. Contrairement aux annonces, les quartiers mineurs
ne disparaissent pas ; ils se multiplient.

Les CER peuvent produire des effets, mais la question du suivi post-mesure reste entière.

Les préconisations des États généraux du placement (doublure des nuits, infirmiers, hébergement
diversifié) stagnent.

5. Attractivité et fidélisation

Les mesures d’attractivité sont inexistantes ou inefficaces. Le nombre de candidats aux concours
baisse. Les demandes de départ (mobilité, ruptures conventionnelles) augmentent.

L’absence de reconnaissance de la pénibilité est un frein majeur. La suppression du corps des ATE
et la perte de la catégorie active aggravent la situation des équipes d’hébergement.

La réforme des retraites accroît la durée de carrière sans prise en compte de la pénibilité.

La NBI est appliquée de manière restrictive : contentieux nombreux. Même si une enveloppe est
prévue dans le PLF, elle reste conditionnée au vote du budget et ne garantit pas une application correcte.

Les mesures comme la régionalisation des concours ou le recours accru au CDI visent davantage
à affaiblir le statut qu’à fidéliser.

6. Propositions du Sénat – Exécution des peines

La CGT PJJ rejoint la proposition visant à développer les alternatives au placement CEF, tout en
rappelant que le CEF doit rester une alternative à l’incarcération et non une modalité ordinaire.

La CGT s’oppose à la durée minimale obligatoire de 6 mois : contraire au principe éducatif,
risquant de rendre la détention plus “attractive”.

Le placement en CEF ne doit jamais être systématisé.

7. Plan d’action pluriannuel sur le placement judiciaire

Deux ans après les États généraux du placement, le plan est au point mort. Aucune avancée
significative.

Les conseillers techniques placement ne renforcent pas les équipes. L’offre de placement évolue
peu, toujours centrée sur les CEF, et la mission insertion n’avance pas.

8. Logiciel PARCOURS

Quatre ans après son lancement, le logiciel n’est toujours pas opérationnel. Les défauts de
fonctionnement remettent en cause la fiabilité des chiffres d’activité et donc la pertinence des moyens
alloués.

Il ne permet pas d’indiquer les mesures en attente ni les délais réels de prise en charge.

Le déploiement généralisé, notamment auprès des éducateurs, n’a aucune justification et
dénaturerait leurs missions.

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