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PJJ : l’inquiétante normalisation de la médiocratie

Quand la loyauté supplante toute réalité sociale au profit des impératifs de gestion
Il existe des transformations qui ne prennent pas l’apparence d’une réforme proclamée, comme celle du CJPM ou plus récemment celle des UJPE. Celle-ci avance sans fracas, s’installe par glissements successifs et pourrait, sans y prendre garde, devenir la norme.
À la Protection judiciaire de la jeunesse, ce qui s’impose aujourd’hui n’est pas seulement une évolution managériale : c’est un déplacement de culture. La compétence, l’expertise professionnelle, la capacité de penser le travail éducatif ne constituent plus le centre de gravité. À la place s’installe progressivement une inquiétante normalisation de la médiocratie.
Nous ne sommes plus dans une logique d’exigence, mais dans une logique de loyauté qui supplante toute autre forme de rigueur.
Une loyauté qui remplace la compétence
Ici, il n’est pas question de la loyauté à la mission de service public ou à un intérêt général, mais d’une loyauté relationnelle, personnelle, structurée et encouragée par une idéologie d’un autre temps.
Ainsi progresse une médiocratie silencieuse : elle ne valorise plus la compétence, elle sélectionne des profils compatibles. Dans ce contexte, l’esprit critique devient suspect et l’exigence dérange.
On ne sanctionne pas toujours frontalement celles et ceux qui questionnent ; on les contourne, on les isole, on les marginalise. Peu à peu, l’autocensure s’installe, et le risque d’une résignation collective n’est jamais très loin.
Le profilage des postes : accélérateur de dérive
Le développement massif du profilage des postes accentue ce mouvement.
Présenté comme un outil d’adaptation et de modernisation aux besoins des services, il transforme en réalité en profondeur les équilibres de la PJJ. Là où les mobilités s’inscrivaient dans un cadre de dialogue social transparent, le recrutement devient plus discrétionnaire et plus dépendant d’une relation directe.
Lorsqu’un responsable choisit lui-même ses « collaborateurs », la tentation peut devenir grande de privilégier ceux qui confortent plutôt que ceux qui questionnent.
L’entre-soi s’installe progressivement, parfois inconsciemment. La contradiction recule, et c’est toute une administration qui est en train de s’orienter vers une uniformisation de la pensée et des pratiques.
Une menace pour la mission éducative
Cette évolution n’est pas neutre pour une institution éducative.
La PJJ accompagne des mineurs aux parcours fragiles, souvent complexes, ce qui exige analyse, rigueur et solidité éthique. Lorsque la compétence cesse d’être le critère central, c’est la qualité même du travail éducatif qui s’expose à l’érosion.
Une administration qui préfère le silence confortable au débat exigeant finit toujours par s’appauvrir. Ce choix idéologique interroge, car notre histoire administrative a déjà montré où conduit le renoncement à l’esprit critique.
La médiocratie, lorsqu’elle devient méthode de gouvernance, fragilise toujours la mission qu’elle prétend servir.
Refuser la résignation
La CGT-PJJ alerte aujourd’hui sur une dérive qui ne relève plus d’un sentiment, mais d’une tendance structurelle, mesurée chaque jour sur les territoires. Mais rien n’est écrit d’avance.
Face à cette dérive, la réponse ne doit pas être le repli ou la résignation.
La CGT-PJJ appelle à réinvestir tous les espaces où la parole circule : réunions institutionnelles, espaces syndicaux, heures mensuelles d’information syndicale, formations.
Partout où cela est possible, faisons vivre le débat, la contradiction constructive et l’analyse partagée des pratiques. C’est en recréant du collectif, en refusant l’isolement, que nous redonnerons toute sa place à l’exigence professionnelle.
La démocratie ne vit que si celles et ceux qui la font vivre s’en saisissent. Dans les lieux de travail comme dans les urnes, chaque espace compte pour défendre nos valeurs, nos missions et l’idée que nous nous faisons du service public.
Organisons-nous, syndiquons-nous !