DARMANIN "enterre" les CEF... mais où se cache le loup ?

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DARMANIN “ENTERRE” LES CEF…

MAIS OÙ SE CACHE LE LOUP ?

Le ministre de la Justice a annoncé hier la fin des Centres Éducatifs Fermés publics et leur remplacement par des « foyers d’éducation renforcée », également appelés Unités Judiciaires à Priorité Éducative, justifiant cette décision par « l’échec » du dispositif, son coût trop élevé et son inefficacité éducative.

Il s’appuie pour cela sur un rapport parlementaire et deux missions IGJ qui soulignent : peu d’heures de cours, peu de soins, un taux de fugue identique aux autres structures et des coûts à + 25 %.

L’annonce du ministre de la Justice provoque un séisme dans le secteur de la Protection judiciaire de la jeunesse. La disparition programmée des Centres Éducatifs Fermés publics, remplacés par de nouvelles unités, ouvre une phase d’incertitude majeure pour les agents comme pour les jeunes accompagnés.

La CGT-PJJ réagit et pose d’emblée ses exigences.

Si cette critique vise le secteur public, pourquoi le secteur associatif habilité, qui fonctionne sur les mêmes logiques, est-il soigneusement épargné ? Doit-on comprendre que derrière cette réforme se profilerait en réalité un plan social déguisé touchant exclusivement le public ?

Darmanin annonce un nouveau modèle

Ce modèle est appelé à être étendu à l’ensemble des Unités d’Hébergement Éducatif et Collectif :

  • obligation de résidence via un contrôle judiciaire renforcé pour certains jeunes, « comme s’ils étaient en CEF » ;
  • mesures éducatives inscrites dans les CJ, avec des risques accrus de révocation ;
  • interdiction du téléphone portable pour les jeunes ;
  • présence d’un professeur technique et d’une infirmière dans chaque unité.

Or, à ce stade, aucune information solide n’est fournie sur les conséquences RH de ces orientations. La CGT-PJJ choisit donc la prudence : nous ne spéculerons pas sur des éléments encore instables. Nous attendons l’audience du 12 décembre pour obtenir des réponses claires et reviendrons vers vous aussitôt.

Un débat enfin ouvert, mais…

Pour cette raison, la CGT-PJJ salue que le débat soit enfin ouvert : la DPJJ semble enfin reconnaître les limites d’un dispositif longtemps laissé sans évaluation sérieuse et qui s’est enfoncé dans un déni institutionnel préoccupant.

Nous nous réjouissons de la perspective de sortie d’un dispositif défaillant, mais restons vigilants et combatifs pour qu’il ne soit remplacé ni par un simple simulacre ni par un outil plus sécuritaire que réellement éducatif. Il ne s’agit pas de faire de l’ensemble des hébergements de la PJJ des mini-CEF sans les moyens qui vont avec.

Par ailleurs, la CGT-PJJ déplore vivement que les organisations syndicales n’aient jamais été associées, ni de près ni de loin, à ce projet. Une décision prise en totale contradiction avec les préconisations des États généraux du placement, alors même que ses conséquences seront majeures, tant pour les personnels que pour les jeunes accompagnés.

Notre position et notre solidarité

Nous étions là au début. Nous sommes là aujourd’hui et nous serons là demain.

La CGT-PJJ n’a jamais jugé ni rejeté les professionnels qui ont choisi de s’investir dans les centres éducatifs fermés et n’a jamais mis en cause la valeur de leur engagement. Notre combat sur ces structures a toujours consisté à dénoncer le manque de moyens alloués, entraînant des conditions de travail dégradées.

Aujourd’hui, alors que nombre d’entre eux vivent et vont vivre une période d’incertitude profonde, notre syndicat leur exprime toute sa solidarité.

Fidèle à la position qu’elle tenait déjà lors de la création des CEF, la CGT-PJJ sera pleinement au rendez-vous de cette nouvelle transformation.

Nous défendrons l’ensemble des agents, titulaires comme contractuels, face aux nombreuses zones d’ombre qui s’annoncent : mobilités contraintes, redéploiements, impacts RH, avenir des missions, orientation éducative ; cela aussi bien en CEF que dans les UEHC.

La CGT-PJJ note aujourd’hui que la décision annoncée par le ministre de transformer les CEF peut apparaître comme un acte de courage politique, dans la mesure où ces mêmes alertes n’avaient jamais été suivies d’une remise en cause par ses prédécesseurs.

La CGT-PJJ ne se satisfera pas d’un geste symbolique, encore moins de la part d’un gouvernement qui n’a, jusqu’ici, jamais manifesté le moindre intérêt pour l’éducatif. La transformation des CEF ne suffit pas si les nouveaux dispositifs proposés ne garantissent pas une réelle prise en charge éducative, un cadre juridique et institutionnel sécurisé, des moyens suffisants et stables, ainsi qu’une vision éducative cohérente et adaptée aux jeunes pris en charge.

Sans attendre, la CGT-PJJ exige que la DPJJ tire toutes les leçons de la gestion des CEF afin de prévenir toute répétition des erreurs passées.

Nous serons présents à la multilatérale du 12 décembre pour défendre les agents et leurs missions.

La CGT-PJJ restera exigeante et pose ses conditions concernant :

  • La nature précise de ces nouvelles structures ;
  • Le sort des agents (titularisation, reclassements, garanties pour les contractuels) ;
  • Les modalités concrètes des transformations (calendrier, échéances, cahiers des charges, cadre juridique, moyens financiers, humains et éducatifs réels) ;
  • La transparence et l’évaluation indépendante du fonctionnement des futurs établissements ;
  • Les risques de marchandisation du travail social et l’affaiblissement du service public.

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