Déclaration préliminaire de boycott - Comité Social d’Administration de la PJJ 5 février 2026
La CGT PJJ exige un démenti public du garde des Sceaux et un soutien clair au service public de la PJJ
Notre organisation syndicale suit avec une extrême préoccupation l’affaire tragique survenue à Sanary-sur-Mer (Var), où, le 3 février 2026, une professeure d’arts plastiques a été grièvement blessée dans sa classe par un élève de 14 ans, dans ce qui semble constituer une tentative d’assassinat.
Dans ce contexte déjà dramatique, les déclarations publiques du garde des Sceaux sont particulièrement préoccupantes. Elles laissent entendre que la Protection judiciaire de la jeunesse serait responsable d’un dysfonctionnement, en raison d’un prétendu délai de quatre mois dans la mise en œuvre d’une mesure éducative concernant ce mineur. Après avoir recueilli des informations précises au plus près du terrain, mais également auprès de la direction de la PJJ, la CGT PJJ est en mesure de l’affirmer clairement : ces propos sont factuellement faux et politiquement inacceptables.
Les éléments établis montrent que ce mineur était suivi dans le cadre d’une procédure civile, au titre de la protection de l’enfance, par une association habilitée. La PJJ n’avait aucun mandat judiciaire à exécuter et n’était donc en rien responsable de la mise en œuvre de cette prise en charge éducative.
La CGT PJJ tient par ailleurs à souligner que la question des délais de prise en charge ne peut être analysée sans interroger les moyens réellement accordés aux professionnels chargés de les mettre en œuvre. Les associations habilitées, comme l’ensemble des acteurs de la protection de l’enfance, exercent leurs missions dans un contexte de sous-dotation chronique, de files actives saturées et de pénurie de personnels qualifiés. Il serait donc profondément injuste et politiquement irresponsable de faire peser sur ces professionnels la responsabilité de délais qui relèvent avant tout de choix budgétaires et organisationnels décidés au plus haut niveau de l’État.
Avant de désigner des coupables, monsieur Darmanin aurait dû s’assurer que les services et associations concernés disposaient des moyens nécessaires pour intervenir de manière réactive et adaptée.
Aussi, par ses déclarations, le garde des Sceaux fait preuve de confusions graves entre procédures civiles et pénales, révélant une méconnaissance inquiétante du fonctionnement réel de la justice des mineurs et de l’administration qu’il est censé diriger.
En stigmatisant publiquement la PJJ sur la base d’une interprétation erronée des responsabilités, il jette une nouvelle fois l’opprobre sur un service public déjà fragilisé, alors même que les agents sont quotidiennement mobilisés auprès de jeunes en grande souffrance sociale, éducative et psychique, dans un contexte de manque de moyens chroniques et de conditions de travail fortement dégradées.
À force de se saisir de chaque fait divers pour alimenter un discours destiné à flatter un électorat sensible aux rhétoriques sécuritaires et simplificatrices, notre ministre semble avoir enclenché, en mode automatique, son logiciel de pré-campagne présidentielle, au détriment des paramètres élémentaires de vérification et d’analyse de la réalité.
Ces propos s’inscrivent dans la continuité de déclarations déjà tenues récemment par le ministre devant le Sénat, où il désignait la PJJ comme l’administration la plus « malade » du ministère de la Justice. Il est évident que salir la PJJ avec des déclarations infondées ne contribuera en rien à « guérir » cette administration.
La PJJ a besoin de soutien, de clarté et de respect, certainement pas de désinformation ni de raccourcis médiatiques. La justice des mineurs est une matière trop sérieuse pour être instrumentalisée ou improvisée à des fins de communication.
Exigences de la CGT PJJ
La CGT PJJ exige :
– Un démenti public immédiat des propos mettant en cause la PJJ dans des responsabilités qui ne relèvent pas de ses missions ;
– La reconnaissance explicite de la réalité de nos missions, exercées dans un contexte de sous-dotation structurelle et de dégradation continue des conditions de travail ;
– La mise en place de moyens humains et organisationnels renforcés permettant de réduire réellement les délais de prise en charge éducative, dans le respect strict des compétences et des prérogatives de chaque acteur institutionnel ;
– La fin de toute instrumentalisation politique des drames sociaux et judiciaires, utilisée au détriment des services publics et de leurs agents.
La CGT PJJ réaffirme sa pleine solidarité avec la victime, son entourage et l’ensemble de la communauté éducative touchée par cette agression, ainsi qu’avec tous les professionnels confrontés chaque jour à la complexité des situations de jeunes en grande difficulté.