Multilatérale du 12 décembre 2025 - Réforme des CEF et mise en place des Unités judiciaires à priorité éducative (UJPE)
Le 26 novembre, à l’annonce de la fin des Centres éducatifs fermés, la CGT-PJJ s’interrogeait dans un tract intitulé « Où se cache le loup ? ».
La bilatérale tenue avec la DPJJ confirme aujourd’hui que ces inquiétudes étaient fondées.
Derrière les discours sur le recentrage éducatif et le dialogue social, demeurent de fortes zones d’ombre, notamment sur la méthode, le cadre juridique et les impacts en matière de ressources humaines.
Ce compte rendu restitue les informations recueillies lors de cet échange et n’a pas vocation, à ce stade, à présenter les positions définitives de la CGT-PJJ.
Contexte de la rencontre
À la demande du garde des Sceaux, la DPJJ engage une réforme structurelle des Centres éducatifs fermés (CEF), mais aussi des UEHC, visant un modèle unique, les Unités Judiciaires à Priorité Éducative, avec pour objectif affiché un renforcement de l’ADN éducatif de la PJJ.
L’administration présente cette réforme comme étant profondément ancrée dans l’identité de la PJJ et destinée à s’appuyer sur l’expertise des professionnels.
Elle reconnaît toutefois que l’ensemble des arbitrages n’est pas stabilisé à ce stade et que plusieurs chantiers restent ouverts, tant sur le plan organisationnel que sur les ressources humaines.
Les UJPE s’inscriront juridiquement dans le cadre existant des UEHC, sans création d’un nouveau statut.
En revanche, le rattachement des anciens CEF à des services entraînera une restructuration significative de nombreux services.
Des unités mono-site pourraient être maintenues de manière exceptionnelle, principalement pour des raisons d’éloignement géographique.
Les directeurs de service ne sont pas intégrés dans les cahiers des charges des unités ; la possibilité pour un DS de piloter plusieurs hébergements n’est pas exclue à ce stade selon l’AC.
Méthode et dialogue social
Les organisations syndicales ont dénoncé une méthode marquée par l’absence de concertation préalable, les annonces ayant été découvertes par voie de presse.
La DPJJ explique cette situation par un calendrier politique contraint et l’absence de mandat initial permettant une concertation en amont.
Elle reconnaît que cette méthode n’est pas satisfaisante et s’engage à faire évoluer ses pratiques.
Dans ce cadre, l’administration annonce :
- Une présentation des orientations au Comité Social d’Administration de la PJJ des 17 et 18 décembre ;
- La mise en place d’une réunion multilatérale mensuelle, afin d’inscrire la réforme dans un dialogue social suivi ;
- Une maquette organisationnelle finale attendue en janvier.
Structuration des futures UJPE
Le cahier des charges actuel prévoit 20 ETP par UJPE, auxquels s’ajoutent 0,5 ETP infirmier et 1 PT CSB, tout en précisant que ce cadre reste évolutif.
Effectifs et impacts RH
Pour les 19 CEF publics, l’administration annonce une réduction des effectifs de 26,5 ETP à 21,5 ETP, soit 5 ETP supprimés, concernant :
- 0,5 ETP de direction,
- 1 poste de RUE,
- 1 poste d’agent technique,
- 2 postes éducatifs ou de professeurs techniques (selon la composition des équipes),
- 0,5 ETP infirmier
L’administration indique qu’à ce stade aucun éducateur titulaire ou en CDI n’est identifié comme surnuméraire, les ajustements devant se faire prioritairement via les agents contractuels.
Un recensement des intentions de mobilité est engagé sur les mois de décembre et janvier.
Le principe avancé pour les priorités de redéploiement est celui de l’ancienneté, sans que la modalité exacte (ancienneté dans le poste ou dans la fonction) ne soit encore tranchée.
Les règles de priorité statutaire s’appliqueront mais finalement resteront à la marge.
En cas de mobilité contrainte, le maintien des éléments indemnitaires (CTI, IFSE, NBI) est annoncé, avec l’évocation d’une période transitoire de 3 ans en cas de perte, sous réserve de références réglementaires à venir.
Les agents techniques de maintenance, non intégrés dans l’organisation cible des UJPE, resteraient dans leurs unités avec un rattachement à la direction territoriale, sans perte de rémunération.
Organisation, spécialisation et autres leviers
Cette orientation pourrait justifier un profilage des postes, la spécialisation étant présentée comme un levier de déconcentration accrue au niveau local.
Les correspondants insertion et conseillers techniques sont identifiés comme des postes susceptibles de redéploiement, chaque DIR et DT étant invitée à réinterroger leur utilité.
Sécurité, téléphones et formation
L’administration souhaite engager des travaux collectifs sur :
- La question des téléphones portables, des usages numériques et des phénomènes d’emprise ;
- L’augmentation des situations impliquant des armes blanches.
Des notes de méthode et des groupes de travail sont envisagés, dans une logique éducative.
Sur le plan de la formation, la DPJJ évoque le développement de formations de proximité, notamment autour du CJPM, afin d’accompagner les évolutions des pratiques professionnelles.
Concernant l’Éducation nationale, la PJJ demande un ETP enseignant par UJPE, des négociations étant en cours.
Ces échanges confirment nos craintes.
Derrière un discours affichant un renforcement de l’éducatif, cette réforme se construit dans le flou, avec des suppressions d’ETP, et des garanties insuffisantes pour les agents. Les choix qui se dessinent laissent présager une dégradation des conditions de travail et un affaiblissement des missions, bien loin des intentions affichées.
Face à cette réforme dont les contours préoccupants se précisent, la CGT PJJ restera pleinement mobilisée. Nous continuerons à nous opposer à toute remise en cause des emplois, des statuts et de l’ambition éducative de la PJJ, et à exiger des garanties réelles construites avec les professionnels.
Face à une réforme qui fragilise les services et les agents, la CGT-PJJ sera là.
Pour chaque droit.
Pour chaque poste. Pour chaque agent.